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EN DIRECT DE MERTVECGOROD, ÉPISODE 7 :
21 MARS – 20 AVRIL
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Le groupe du mois : Autopsia. Allez, pour saluer le printemps, écoutons donc de l’intense indus-rituelle dark-ambient macabre yougoslave des années 80 jouée par des musiciens anonymes au sujet desquels on ne sait rien, ou alors pas grand-chose, en tout cas que dalle, et qui se présentent ainsi sur leur site : « Autopsia is a tombstone on the grave of time. Autopsia is archaeology. The discourse of the beginning and about the beginning. At the beginning is Death. » Qu’en dites-vous les amis ? Moi j’en dis qu’il faut écouter leur musique à très fort volume, sans modération, nu, plongé dans une obscurité à peine troublée par la flamme vacillante d’une ou deux bougies noires, en s’aspergeant de sang de koala fraîchement égorgé pour se détendre entre deux morceaux.
Bienvenue dans ce septième épisode d’En direct de Mertvecgorod !
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21 mars
Mon premier déclic littéraire, au sens de « truc qui m’a donné envie de lire pour le restant de mes jours », ça a été Jules Verne, quand j’avais onze ou douze ans, et plus précisément la collection « Rouge et or » chez Hachette, qui reproduisait en format réduit les éditions originales illustrées par Hetzel. Les bouquins coûtaient exactement soixante francs le volume, ce qui correspondait à mon argent de poche hebdomadaire. Je m’en goinfrais donc un par semaine.
Un second déclic s’est produit quelques années plus tard à l’occasion d’un cross inter-classes. Je ne sais pas si ce genre de pitrerie existe encore : à mon époque, une fois par an, tout le lycée participait à la même course débile dans la cambrousse en périphérie du bled, hardi petit, tiens voilà ton dossard moche, hophophop quelques centaines d’ados entament leur cavalcade, chloco-chloco font les couilles adolescentes à chaque foulée, houmpa-houmpa font les nichons adolescents à chaque foulée, c’est la chorégraphie du désespoir, et à la fin, dans de bonnes odeurs de sueur et d’hormones, le goûter. Avec deux potes, nous décidâmes que ça suffisait les conneries et désertâmes. Ils m’ont emmené dans un endroit qu’ils fréquentaient et dont j’ignorais l’existence et jusqu’au concept : LA BIBLIOTHÈQUE MUNICIPALE. À dater de ce jour béni et pendant plusieurs années, j’ai passé dans cet endroit merveilleux la plupart de mon temps libre.
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Ce mois-ci, petite balade hivernale dans un de mes parcs préférés de Mertvecgorod, le parc Loubianov, au nord du rajon 12, encadré par la voie ferrée à l'est, par le mythique prospekt 14 à l'ouest, par la gare (ferroviaire) au nord et, quelques kilomètres plus au sud, par le musée de l'Armement. |
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22 mars
Hier, barbeuc. Ambiance marrante, davantage d’enfants que d’alcooliques, ça change. Bu le muscat de l’amitié avec un copain auteur pour fêter le contrat de son prochain roman. Le pote chez qui nous passions la soirée habite un drôle de quartier, une sorte de résidence sécurisée au nord de Mertvecgorod, au fin fond du rajon 14, après le périphérique extérieur. Une heure de bus pour s'y rendre ; une fois sur place, une barrière à franchir, gardée par un vigile et surveillée par un drone ; et puis le Saint des saints : une enfilade de pavillons identiques, séparés par des rues larges, propres et perpendiculaires dans lesquelles sont garées des bagnoles flambant neuves qui valent un max de pognon. Ambiance de mort imminente et impression de me trouver dans un de ces villages-témoins que l’armée américaine construisait dans les années 50 pour y tester ses bombes atomiques.
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23 mars
À Mertvecgorod, le Printemps des poètes, on ne connaît pas. Je ne peux pas dire que ça me manque. Néanmoins, voici un petit hommage, rédigé il y a quelques années :
Sur internet
Comme tous les ans
C’est le printemps
De tous les pouets
Moi je voudra
Couvrir mes yeux
De Tipp-Ex bleu
Pour pas voir ça
Moi je voudra
Sur mes paupières
Du Tipp-Ex vert
Pour pas lire ça
Ç’existe poas
Mais pour la rime
De mon poïme
J’ai pas le choix
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25 mars
Je scrolle comme un zombie d’un reel à un autre lorsque paf ! m’arrive devant les neurones Laurent Baffie. Je l’écoute raconter sa vie inepte et ça me donne à réfléchir – comme quoi on est peu de choses et bien malin qui peut prévoir de quel côté viendra l’attaque, la pensée n’a pas de frontière, elle surgit là où ça lui chante, libre comme un cabécou.
Le cas Baffie, ai-je donc songé, est exemplaire. Exemplaire de quoi ? Des dégâts que la célébrité est capable d’infliger au bon sens et à la lucidité, et aussi du fait que répéter un million de fois la même stupidité, confirmée un million de fois par ses interlocuteurs, la transforme aux yeux de celui qui la profère en vérité incontestable et évidente.
Depuis quelques années, Baffie le rabâche avec sincérité et conviction : il a inventé un métier, sniper télévisuel. Et tout le monde d’acquiescer avec respect, ahouioui, c’est pas donné à tout le monde de créer son propre métier, bravobravo, et d’après vous Monsieur Baffie qui sont vos héritiers ?
Voilà donc un mec qui s’est auto-persuadé que non seulement raconter des conneries à la télé était un métier, mais qu’en plus ce métier n’existait pas avant qu’il le sorte de son chapeau. C’est déjà bien assez fantastique pour transformer une journée ordinaire en feu d’artifice, mais ce qui me fascine encore plus, c’est la validation de cette énormité par des gens qui par admiration ou hypocrisie enferment Baffie dans son délire, le consolident.
De toute façon, quelle que soit l’activité, dès l’instant où tu atteins une position qui interdit aux autres de te dire « Ferme ta gueule, tu racontes de la merde », c’est foutu. Et je crois bien que c’est foutu pour de bon, parce que même si tu dégringoles de cette position-là, tu resteras de toute façon sourd et aveugle jusqu’à la fin de tes jours. Un écrivain qui rafle tous les prix et/ou vends des camions entiers de bouquins, par exemple, son éditeur ne peux plus lui dire « Non, là, c’est chiant », ou « Non, là, c’est trop long ». Et même si apparaît un ahuri qui ose, la première réaction de l’auteur sera de virer l’ahuri.
Faut faire gaffe au succès, y a rien de pire.
Heureusement que je ne risque pas grand-chose de ce côté-là.
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26 mars
Aujourd’hui sort en librairie Un roman érotique sous antidépresseurs, deuxième livre d’Amy Waldo à La Musardine et deuxième aussi dont je suis l’éditeur. C’est quand même une vache de fierté pour moi d’avoir été le premier éditeur d’un certain nombre d’autrices qui, pour des raisons diverses et variées, se sont senties plus à l’aise dans ma collection de bouquins de fesse que dans l’édition traditionnelle (le premier Waldo, Chaude comme l’enfer, est sorti aux « Nouveaux Interdits »). Si certaines d’entre elles, dans vingt ou trente ans, deviennent des autrices incontournables et célèbres (et, franchement, elles en ont largement assez sous le pied pour ça), ça me ferait plaisir qu’on se souvienne de moi comme du connard qui s’est aperçu avant tout le monde que ce qu’elles écrivaient était génial. Je ne me suis jamais permis de m’autoproclamer féministe, parce qu’être féministe ça signifie s’engager un petit peu plus qu’ouvrir sa grande bouche pour en sortir de grandes phrases, donc je me considère plutôt comme un compagnon de route. Mais si dans un élan de satisfaction de moi-même je décidais de m’attribuer un petit mérite féministe, une petite médaille en chocolat, ce serait pour cette raison-là : avoir à ma mesure contribué à ce qu’existe une pornographie féminine incarnée par une poignée d’autrices dont personne n’avait songé à publier les romans avant que j’aie la chance de, moi, le faire. Alors vivement 2050, que l’une d’elles, ou plusieurs, ou toutes, soient les Despentes, les Duras et les Angot de leur génération, que je puisse savourer mon plaisir.
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28 mars
Je viens d’apprendre le décès de l’éditrice Élisabeth Samama. Je ne la connaissais pas et nous ne nous sommes jamais rencontrés, mais en 2002 ou 2003, quand elle travaillait pour Fayard, elle avait lu le manuscrit de ce que je considère comme mon premier vrai roman, Les Mouches mortes. Elle l’avait apprécié au point de me téléphoner pour m’en parler et l’avait défendu au sein de la maison. Il n’avait finalement pas été retenu. Raphaël Sorin ne l’avait pas aimé, m’avait-on dit, mais j’ignore si c’était vrai ou faux. Ce fut ma première tentative sérieuse d’être publié, ça ne commençait pas si mal. Il s’écoulerait plusieurs années avant que je sorte effectivement mon premier livre ( J’ai peur, en 2007, à La Musardine, maison où je suis désormais moi-même éditeur), et encore une décennie avant que je trouve mon foyer ( Au diable vauvert depuis 2019, et l’an prochain nous sortirons notre sixième livre ensemble – septième si on compte l’anthologie Les Nouveaux Déviants que j’ai dirigée avec Morgane Caussarieu, huitième si on compte le petit fascicule Fabrication d’un écrivain) ; mais aujourd’hui je ne peux pas m’empêcher de me demander quelle serait ma vie si à 25 ou 26 ans j’avais signé chez Fayard.
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29 mars
Un souvenir d’enfance assez marrant m’est revenu, j’ai eu la flemme de le noter immédiatement et maintenant je l’ai oublié. Chienne de vie. À part ça, aujourd’hui, brève pause dans la saga du 87ème district (d’ailleurs, le dernier que j’ai lu, Calypso (tome 33) était assez étonnant, pas le plus réussi de la série mais je ne serais pas surpris que Stephen King l’ait feuilleté avant d’écrire Misery), le temps de me rebouffer pour la cent millième fois L’Auteur et Le Retour de l’auteur, de Vincent Ravalec – un de mes textes préférés de lui, un festival de fous-rires, un régal. Je ne le dirai jamais assez : de cette bande qui a émergé dans les années 90 et a joyeusement dépoussiéré la littérature (Houellebecq, Despentes, Jaenada, Dustan, Beigbeder, Nicolas Rey, etc.), Ravalec est pour moi celui dont l’œuvre s’impose comme la plus ambitieuse, la plus riche, la plus généreuse, la plus diverse, la plus subtile – et aussi la plus conne, ce qui n’est pas une mince qualité. Je suis très fier d’avoir convaincu le bougre – qui d’ailleurs ne s’est pas des masses débattu – de participer à Non Conforme.
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30 mars
Et bim, et bam, et boum, Une vie de saint est finaliste du GPI ! Joie, bonheur ! Et c’est donc mon troisième bouquin, après Images de la fin du monde et Feminicid, à terminer dans le carré final !
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1er avril
J’ai eu l’idée d’un livre. Il raconterait l’histoire d’un type, en Provence, atteint d’un trouble bizarre qui le contraint à chier énormément. Il produit des quantités astronomiques de caca, des monceaux, au point qu’il pourrait carrément se bâtir une maison avec tous les fèces qu’il démoule. C’est d’ailleurs bel et bien ce qu’il fait. Et chemin faisant, il se dit qu’une maison ça manque d’ambition, pourquoi ne pas ériger un véritable manoir ? J’ai déjà le titre : Le Château de ma merde.
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3 avril
Sonnez hautbois résonnez musettes, hier c’était la parution de Non Conforme numéro 6 !
Eh ben mes cadets, ce coup-ci c’est encore du lourd !
Entre Claire Von Corda et son histoire de meuf qui se réveille un beau matin avec dans la bouche une langue géante douée de conscience et dans la tête comme une envie de tout péter, Vincent Ravalec qui en trois BD que n’aurait pas renié le Métal hurlant de la grande époque fait exploser nos certitudes et nous jette dans des oubliettes métaphysiques dont lui seul a le secret, et les tarés fans de musique underground mis en scène par Clément Milian dans un conte apocalyptique à base de cassettes, un conte parfaitement cauchemardesque alors qu’il ne s’y passe presque rien de flippant, c’est toujours pas ce soir que Non Conforme vous aidera à passer des nuits paisibles et heureuses – le partenariat avec les fabricants de tisane à la camomille et à la verveine, on peut l’oublier.
Bon, dites, eh, à part ça, c’est quand même un numéro à haute teneur en reusta, vous trouvez pas ?
Claire Von Corda : best-seller des « Nouveaux Interdits » et coup de cœur du Masque et la Plume pour son premier roman.
Clément Milian : prix Transfuge pour son deuxième roman.
Et Ravalec, bon, Ravalec, quoi. Du prix de Flore au prix Auchan, est-il besoin de le présenter ?
Bref, jetez-vous sur ce numéro et n’oubliez pas d’en parler un maximum autour de vous : chaque fois que votre bouche rencontre une oreille et y susurre « Non Conforme, Non Conforme… » en y déposant quelques millilitres de bave, c’est un nouvel adepte qui rejoint la secte – et quand il sera question de se rendre dans les locaux du Syndicat national de l’édition pour prendre le pouvoir façon Invasion des profanateurs de sépultures, nous aurons besoin de toutes les bonnes volontés, croyez-moi.
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5 avril
Je passe si peu souvent l’aspirateur que quand je me décide enfin à l’utiliser, le premier truc que je nettoie avec, c’est l’aspirateur lui-même.
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8 avril
Ces derniers jours, nouvelle escapade hors de la saga du 87ème district, le temps de lire Un bébé pour Rosemary, d’Ira Levin, traduit par Élisabeth Janvier, et Envoûtement, de Ramsey Campbell, à la traduction non créditée, et j’ai eu beau chercher j’ai pas trouvé, chapeau Pocket, dans les années 90 on s’embarrassait pas toujours de ce genre de détail, on dirait bien.
Deux romans représentatifs d’à quoi ressemblait le genre avant les années 90, qui prennent le temps d’installer leurs personnages, leur contexte et leur histoire avant que ça dérape dans le délire, pour deux résultats assez voisins.
Côté Levin, un dérapage trop tardif à mon goût mais une ambiance dégueulasse et misogyne aussi malaisante que maîtrisée, qui m’a fait me demander si le but de l’auteur n’était pas simplement de raconter une histoire d’épouse sous emprise (de son mari gentil mais autoritaire, de ses voisins gentils mais envahissants, de son médecin gentil mais qui ne l’écoute pas, de la société gentille mais qui la prend pour une gosse un peu demeurée), à laquelle il a greffé le fameux argument démoniaque pour attirer le chaland, redoutant que telle quelle, son histoire n’intéresse personne. Si c’est le cas, le pari est gagné puisque le machin s’est vendu à quatre millions d’exemplaires rien qu’aux USA (c’est devenu le plus grand succès du genre de toutes les années 60 !) et que Polanski, le féministe bien connu, en a tiré une adaptation – que j’aurais volontiers descendue pour être passée à côté du livre, mais pas de chance, je l’ai pas vue.
Côté Campbell, une ambiance tout aussi malsaine et flippante, un climat familial étouffant au possible et une lecture qui ne fait pas vraiment peur mais maintient en permanence sous tension – le genre de tension qu’on ressent quand on se retrouve coincé au milieu d’une réunion familiale constituée de gens qui se détestent entre eux et qu’on attend avec désespoir le moment du dessert pour enfin foutre le camp. Pareil que pour Levin, la mise en place est quand même très longue. Chez Campbell, contrairement à Levin, le fantastique n’est certes pas un prétexte, aucun soupçon possible de ce côté-là, mais les éléments perturbateurs et surnaturels arrivent également un peu tard. J’aurais aimé davantage de train fantôme et de vraie frayeur au milieu de toute cette gênance – fort bien mise en scène, cela dit, le bonhomme Campbell ne se cache pas derrière son petit doigt quand il est question de cringer comme un fou. Et le final est quand même exceptionnellement brillant, si on excepte une happy-end tellement bâclée que je me demande si elle n’a pas été imposée par l’éditeur.
Allez, maintenant, retour à Isola, la cité imaginaire d’Ed McBain, avec le tome 36 des aventures de Carella, Brown, Meyer Meyer et leurs copains !
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11 avril
J’ai passé une (trop longue !) partie de la matinée à rassembler les albums de tous les groupes que j’adore et qui proviennent de ma période pré-Mertvecgorod, dans le but de constituer une sorte de bande-son idéale que j’écouterai pendant l’écriture de mon prochain roman (titre provisoire : L’Océan de Nuit, qui sera ma première fiction hors-Mertvec depuis 2018 !). Ensuite, je les ai rassemblés dans un seul dossier et les ai classés chronologiquement (ça démarre en 1973 avec Tubular Bells de Mike Oldfield et se termine en 2026 avec un live inédit de Coil qui vient tout juste de sortir), afin de les écouter dans cet ordre-là. Ceci fait, je me suis aperçu que ce dossier comptait exactement 333 albums ! Si ça n’est pas un signe, je ne sais pas ce qu’il vous faut !
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Celle-là et les deux suivantes, c'est le lac qui occupe le centre du parc Loubianov, gelé. |
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12 avril
Les personnages doivent parler pour eux-mêmes, jamais pour un public et encore moins pour les lecteurs. J’ignore ce qui m’a poussé à songer à ça ce matin sitôt que j’ai ouvert les yeux, mais pourquoi pas, hein ? En tout cas, je suis d’accord avec moi et ça c’est quand même important, j’ai horreur de me disputer avec moi-même dès potron-minet.
À suivre, un vieux texte que Facebook m’a remis sous les yeux et que j’aime toujours bien :
Qu’est-ce que ça veut dire, raconter des histoires, fabriquer de la fiction, au XXIème siècle ? Début, milieu, fin ? Exposition, péripéties, résolution ? Désirs, obstacles, réalisation ? Entrée, plat, dessert ? Non. Mon cul, ça. Le monde n’est plus linéaire – la réalité, je veux dire : elle n’est plus linéaire, ne l’a en fait jamais été, c’est nous qui l’étions : cette linéarité apparente et factice reflétait notre conscience primitive de l’Univers, notre perception appauvrie du réel – bonne nouvelle : nous avons évolué. Certains se disent que Google, Facebook, Twitter, Instagram nous ont rendu débiles, que les jeux vidéo à monde persistant nous ont fait perdre le contact avec le plancher des vaches, que la réalité virtuelle nous a bouffé le cerveau. C’est le contraire. Grâce aux liens infinis connectant chaque information à toutes les autres, grâce à la map autogénérative, aléatoire, sans limite, grâce au scrolling éternel, grâce à l’horizontale profusion de tout échappant à toute hiérarchie, à toute perspective, nous quittons enfin la Terre ronde, bornée, pour entrer dans l’Univers isotrope, sans bord, sans début, sans fin. Puisque nous réussissons enfin à penser ainsi, puisque dans le moindre de nos comportements en ligne nous sommes aussi indéterminables qu’une particule élémentaire scrutée par la physique quantique, puisque grâce aux SMS, à Messenger, à Skype* nous avons aboli l’espace et le temps, il faut bien que la fiction, que la littérature narrative, en tienne compte.
Avec les Chroniques de Mertvecgorod, j’essaie. Certains vont se demander si Images de la fin du monde et si Feminicid** sont des romans, des recueils de nouvelles, des sourcebooks de jeu de rôle, des documenteurs, la retranscription sur papier de blogs complotistes, l’équivalent littéraire d’un mauvais mix, un tas de merde incohérent. Appelez ça comme vous voulez. C’est ma tentative d’écrire de la littérature qui n’a pas l’air de sortir du Grand Congélateur Gallimard.
*Ouais, mon texte date un peu.
** Et, depuis, Une vie de saint !
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14 avril
Sur le blog de La Musardine, entretien croisé avec des représentants majeurs de deux courants du roman érotique tel qu’on le défend ici. À ma gauche, Amy Waldo incarne un érotisme féministe, poétique, brutal et contemporain. À ma droite, Alain Barriol incarne un érotisme traditionnel, teinté d’humour et très ancré dans une volonté de réalisme sociologique.
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15 avril
Tu sais que tu as chopé une crève façon Mertvecgorod quand, en reniflant, tu t’envoies dans le gosier une telle quantité de morve, solide comme du ciment, que tu avales de travers et manque t’étouffer.
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17 avril
Des nouvelles du Prix Jacques Sadoul, entre deux éternuements :
Alors que la deadline pour participer au Prix Jacques Sadoul, fixée au 31 mai 2026, approche à grands pas, j’ai le plaisir de vous annoncer que nous avons reçu hier notre 150ème participation, qui remporte donc, comme la 100ème, un exemplaire du recueil annuel du PJS – saison 2, à paraître d’ici quelques semaines aux éditions Au diable vauvert. Si vous aussi voulez gagner un exemplaire, rien de plus simple : il vous suffit d’être le 200ème ou le 250ème à nous envoyer un texte !
Je rappelle que le Prix Jacques Sadoul est un concours de nouvelles récompensant chaque année le meilleur texte de mauvais genre. Cette année, le genre choisi est L’HORREUR, et la phrase contextuelle est la suivante :
« Y a quelqu’un qu’est mort. J’espère que ce n’est pas moi. »
À la clef : 2 000 euros, trois semaines de résidence d’écriture et un dessin original ! Toutes les informations utiles (conditions de participation, présentation du texte, etc.) sont à retrouver sur notre site.
Au plaisir de vous lire !
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20 avril
Joie ! Je n’ai plus la crève et j’ai terminé mon manuscrit ! Parution d’Histoire secrète de Mertvecgorod au printemps prochain – au Diable vauvert, bien sûr !
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Rendez-vous le 21 mai pour la prochaine newsletter !
D’ici là, portez-vous bien,
Siébert
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